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2009-07-19

"Quessé tu fais dans vie, Nick ?"


Après un certain temps passé ici, plusieurs amis me demandent sérieusement pourquoi on peut bien vouloir accepter une bourse postdoctorale en biochimie à Yale pour aller y faire de la résonance magnétique nucléaire (RMN) des protéines ? Plein de trucs, mais quand on s’intéresse aux enzymes et à leur pouvoir catalytique, on fait grosso modo du travail d’ingénierie nanomoléculaire (ou devrais-je plutôt dire que l’on « tente » d’en faire). On tente de modifier les enzymes, de les adapter à nos fins, mais on tente avant tout de comprendre leur fonctionnement moléculaire.

Suite à la publication de mon premier article spécialisé depuis mon arrivée aux États-Unis, j’ai récemment pris quelques minutes pour vulgariser certains aspects de ma recherche à quelques amis qui se demandaient sérieusement quelle était mon « utilité » sur cette planète.

Ainsi donc, qu’est-ce que ça veut dire « The Flexibility of a Distant Loop Modulates Active Site Motion and Product Release in Ribonuclease A » ? Pour ceux qui ont une petite base scientifique et qui pourraient s’y intéresser, voici donc en quelques mots :

En étudiant divers mutants la ribonucléase A (ou RNase A) à titre de modèle enzymatique classique, on démontre dans ce papier que la dynamique d'une boucle de résidus qui se situe loin du site actif chez cette enzyme est essentielle à son activité catalytique et que la boucle en question « bouge » à la même vitesse que l’événement catalytique.

Concrètement, qu’est-ce que ça implique ? Plusieurs trucs, mais en gros :

1) Cela démontre que les motions moléculaires et les événements dynamiques peuvent être aussi importants que la structure et/ou la séquence d’acides aminés pour assurer l’activité d’une enzyme. Ceci est un concept relativement nouveau qui pourrait nous aider à faire un bon bout de chemin au niveau de la compréhension du rôle entre la structure des protéines et leur fonction biologique.

2) Puisque la fonction biologique d’une enzyme est une propriété sélectionnée par l’évolution, cela suggère que les différentes conformations dynamiques adoptées par une protéine en solution ne sont pas aléatoires (comme on a trop souvent tendance à le croire), mais qu’elles sont plutôt le résultat d’une sélection évolutive de conformères essentiels à sa fonction.

3) Côté pratique, cela démontre qu’on ne peut plus ignorer les motions moléculaires dans le design de nouveaux catalyseurs enzymatiques appliqués à des fins industrielles, médicales, pharmaceutiques et/ou environnementales. Malheureusement, faute d’information concrète à ce sujet et d’outils à leur disposition, les ingénieurs des protéines ont souvent tendance à ne pas en tenir compte, ce qui réduit souvent considérablement l’efficacité des nouveaux catalyseurs enzymatiques développés à des fins pratiques.

Voilà. Y'a encore du monde éveillé dans la salle ? ;-)

2009-02-09

Une expérience de vie. Une comparaison de sociétés. Une question de point de vue.

Je vous écris ce billet avec un œil au beurre noir et une douleur piquante au bas de ma paupière droite. La cause ? Je fus ce matin l’un des patients privilégiés du Yale Surgical Dermatology Department, où l’on m’a débarrassé en quelques heures de ce carcinome basocellulaire qui ponctuait cette partie de ma peau de blondinet un peu trop affligée par le soleil dans sa courte vie. 

Je vous avais déjà parlé de l’anxiété d’apprendre que l’on est atteint d’un cancer de la peau (ici), et je vous avais aussi déjà parlé de l’expérience positive associée à notre système de santé québécois (ici). Or, ce dont je ne vous avais jamais encore parlé, c’est de l’extraordinaire expérience de se faire traiter dans un système de santé géré à 100 % par le privé. Autant puisse-t-on qualifier d’« extraordinaire » tout moment passé dans un hôpital ou dans une clinique de santé - tout est relatif, on s’entend -, ce que j’ai vécu aujourd’hui se rapproche grandement de la « plénitude hospitalière » et du monde idéal dont on ne parle que dans certains circuits fermés du Québec. 

On aura beau dire ce qu’on voudra des avantages du système universel canadien et de la nécessité de le préserver - ce que je ne remets aucunement en question -, reste qu’on se rend compte de l’efficacité d’un système privé réservé uniquement « aux riches » lorsqu’on réussit à bénéficier personnellement de ses services. Système réservé aux privilégiés ? Tout à fait. Mais qu’on ne se fasse pas d’accroires en venant me dire que ledit système de santé est équivalent à n’importe quel autre... Dire de telles balivernes reviendrait à dire que la boîte de transmission manuelle d’une BMW et celle d’une Toyota sont équivalentes. D’accord, elles font le même travail, mais ce n’est qu’en les essayant toutes les deux en parallèle qu’on doit se rendre à l’évidence et avouer qu’on ne parle pas des mêmes ligues. Et jeu de mot à l’appui, question système « à deux vitesses », la différence est flagrante. 

Voici donc mon analyse bien personnelle du système de santé privé de l’Université Yale, basé sur ces quelques derniers mois d’intenses consultations dermatologiques. 

Tout d’abord, le système de santé en question se caractérise par l’absence presque totale de délais, et ce à tous les niveaux. Expérience vécue à deux reprises en janvier : « Vous voulez voir un dermatologue pour une vérification complète de votre corps ? D’accord, est-ce que demain matin à 8h45 ferait votre affaire ? » Pas de blagues... J’avais dû attendre des mois pour avoir un rendez-vous similaire avec un dermatologue au Québec il y a quelques années, et avait fallu a priori être référé par un médecin généraliste. Non mais !

De plus, on m’a découvert ce cancer de la peau au mois de décembre. Heureusement pour moi : diagnostic bénin (donc vraiment pas urgent d’opérer). N’empêche, la chirurgie fut complétée début février, moins de six semaines après le diagnostic initial. J’espère sincèrement ne jamais vivre l’anxiété de me faire diagnostiquer un mélanome malin, mais si une telle chose horrible devait arriver, on m’assure que la chirurgie serait d’autant plus expéditive que celle du carcinome aurait pu attendre plus longtemps. On est loin des trois mois d’attente de cet urgent cancer du rein dont nous parlait notre ami médecin dans les commentaires d’un billet précédent !

Expérience positive, vous disais-je donc ? En peu de mots : arrivée prompte à la clinique à 7h00 du matin. Mais alors là, rien à voir avec l’image que vous vous faites d’une clinique de Côte-Des-Neiges à Montréal : hyper propre, hyper technologique, hyper moderne, personnel *poli*, *accueillant* et *souriant*. Bref, à la manière qu’une entreprise privée traite un client, et non pas de la manière cavalière qu’a l’état de traiter un bénéficiaire. La suite ? Signature de 2-3 papiers d’assurances auprès de l’infirmière, car vous l’aurez deviné, l’assurance santé de Yale couvre l’entièreté des frais. Or le prix mensuel de ladite assurance est loin d’être donné : 451 $ par personne, par mois. Oui, oui, par *mois*. Montant heureusement payé par mon employeur (soupirs de soulagement...). 

N’empêche, ouverture de la parenthèse : si on fait le calcul annuel de tout ça, on arrive à 5412 $. Et je vous le répète : montant payé par mon employeur, *en plus* de mon salaire normal. Si on compare ce montant avec les frais d’impôts de santé payés par chaque contribuable québécois annuellement, ça se compare comment ? Et les services qui viennent avec, ils se comparent comment, eux ? Question qui restera bien entendu ouverte... À vous d’y réfléchir. Fermeture de la parenthèse.

Donc ce matin, deux petites incisions sous l’œil séparées d’environ 45 minutes d’attente chacune, question d’aller étudier la tumeur sous le microscope dans le laboratoire adjacent (on s’assure que toutes les marges sont claires et que toutes les cellules cancéreuses ont été enlevées). On appelle ça une chirurgie de MOHS. Côté patient, on attend dans une petite salle moderne avec 2 ou 3 autres personnes tout au plus : café, muffins, bagels, cuisinette et revues à notre disposition. À la fin, points de suture, explications détaillées du suivi avec prise du prochain rendez-vous, validation du billet de stationnement (payé pour la journée) et retour à la maison avec les outils nécessaires pour traiter la plaie, bien évidemment fournis par la clinique : petit tube de vaseline, gaze, crème solaire, etc. Bref, jamais je n’aurais cru que la description d’une clinique privée pouvait se rapprocher de l’image dépeinte dans ce fameux épisode des Bougon que vous avez peut-être eu le privilège de voir, mais ce n’est pas loin !

Et vous voulez savoir le comble ? Quelques heures après l’opération de ce matin, je me repose à la maison et je reçois un coup de fil du médecin. Paniqué, je pense immédiatement qu’on va m’informer de la découverte d’un autre site cancéreux ou de quelque chose du genre. Pas du tout. Raison de l’appel ? On veut faire un suivi immédiat, question de savoir comment va la journée, comment se porte la plaie, si la douleur est supportable, etc. Et surtout, on veut me rappeler le fait qu’ils sont disponibles 24 heures sur 24 si quelque chose venait à mal tourner. Non mais comme le disait si bien André Boisclair lors de son investiture à la tête du PQ : « Wow ! »

Vous aurez donc compris que cette journée désagréable fut grandement compensée par ce système de santé qu’on se plaît tant à démoniser dans certains cercles gauchistes québécois. Payé par mon employeur privé ? Vrai. Cher ? Vrai. Mais efficace, expéditif, à la fine pointe de la technologie et avec les meilleurs médecins du monde ? C’est là qu’il faut malheureusement (ou heureusement) aussi répondre ça : Vrai. BMW versus Toyota. 

En espérant pouvoir reprendre une vie normale d’ici quelques jours, j’essaie de ne pas trop songer au fait que les gens qui ont déjà développé un cancer de la peau dans leur vie ont 40 % de chances d’en développer un second... Morale de l’histoire ? Rendez-vous chez le dermatologue au minimum une fois par année pour faire vérifier ses grains de beauté, ou encore n'importe quel bouton qui ne guérit pas après deux semaines et/ou qui saigne, ou toute tache de peau qui nous semble nouvelle ou différente des autres. 

Entre temps, la vie continue et il faut l’apprécier tant qu’elle dure.

2008-08-24

L'alcool est un ennemi ! Fuir l'ennemi, c'est lâche...

L’une des premières fois que je me suis fait « carter » aux États-Unis, c’était en 2004. J’avais 26 ans et j’en avais l’air de 35.

L’ironie dans tout ça ?

Ce n’était même pas dans un bar, mais bien en achetant un DVD chez Wal-Mart. Film coté NC-17 ? Montre-moi tes cartes, bonhomme ! Or même encore aujourd’hui avec l’alcool, ça n'arrête plus : à l’épicerie, dans un bar, dans un simple restaurant, etc. Les Américains cartent encore et toujours, dans toutes les situations, qu’on ait l’air de 12 ou de 47 ans.

Tout ça confirme malheureusement un cliché très ancré dans notre psyché de Québécois et qui explique pourquoi beaucoup d’Ontariens débarquent au Québec à chaque spring break : les anglophones ont une relation assez pathologique avec l’alcool (et avec le sexe aussi, mais ça c’est une autre histoire).

Bon d’accord, le Québec n’est pas exempt de reliques de notre passé prohibitif - on s’entend pour dire que le fameux sac de papier pour cacher sa bouteille de vin achetée à la SAQ est aussi pas mal passé date -, mais la relation que nous avons tous avec l’alcool me semble décidément plus « saine » que ce que je vois dans la contrée américaine. Ici, soit on fait partie des groupes puritains qui ne boivent pas une goutte de la liqueur des dieux et qui prient pour se faire pardonner leurs péchés à tous les jours, ou soit on se prend pour une petite adolescente pré-pubaire qui se tape un coma éthylique lors des fêtes de la semaine de relâche ! Hors d'une extrême ou d'une autre, il ne semble pas y avoir trop de salut pour l’équilibre entre les deux (à l’image de plusieurs détails de leur société, d’ailleurs).

Deux exemples vécus pour illustrer la situation :

1) La semaine dernière, petite sortie chez Red Robin, l’une de ces géniales chaînes de hamburger qui vous fait agréablement oublier les dégueulasses fast foods américains et qui vous fait partiellement pardonner la cuisine sudiste (sérieux, c’est vraiment bon !). La chaîne ne se prend pas trop au sérieux, mais elle fait néanmoins ressortir la réalité de la situation décrite ci-haut. Menu des boissons :

Vous avez remarqué dans le bas à gauche (cliquez sur l'image pour voir) ? « We ID under 39 1/2! » Ce n’est pas faux...

2) Yale a certaines règles non écrites qui sont transmises d’une génération d’étudiants à une autre. L’une d’entre elles ? La direction n’a aucun problème à ce que ses étudiants boivent sur le campus (contrairement à chez nous), mais il ne faudrait quand même pas trop inciter à la débauche... Conséquence ? Au département de chimie, on n’a « pas le droit » d’écrire les mots Happy Hour ou Alcohol sur les affiches des fameux 5@7 du vendredi.

Résultat ? L’alcool y coule à flot et on y fait même des olympiades de bière, mais on n’a pas trop le droit de le dire ! Il faut quand même admettre que les étudiants sont désormais passés maîtres dans l’art de jouer de l’euphémisme. Fidèle à l'esprit olympique, l'affiche de cette semaine était d’ailleurs pas mal comique à cet effet: « At least your life didn’t peak this early! ».

Adult beverages, huh? Right.

2008-03-29

Un petit coin du Québec à Yale

Mettons les choses au clair. Malgré le titre de ce billet, je ne vous parlerai pas d’une ambassade, d’une maison de la francophonie ou encore d’une association officielle des Québécois à Yale. C’est pas compliqué, ça n’existe pas. On a beau n’être qu’à 600 km de Montréal dans une contrée qui a déjà appartenue au régime de la mère patrie, le français dans les environs se fait rare comme de la merde de pape (malgré ce que j’ai déjà pu écrire ici). Évidemment, il y a bien ici et là quelques Français déboussolés par cette contrée américaine qui chambarde leurs habitudes de bouffe... Mais à part ça, la langue de Molière se laisse passablement désirer.

Non, aujourd'hui, que ça vous plaise ou non, je vous parle de biochimie. Non mais, c’est quand même ça que je fais dans la vie, oui ?! Mais rassurez-vous, je n’entrerai pas dans les détails moléculaires. Je resterai plutôt au niveau des conséquences directes de la mondialisation (ou encore de celles de l’ALÉNA).

Voyez-vous, dans notre petit monde de laboratoire où l’outil de travail privilégié demeure la bactérie (je reviendrai peut-être là-dessus un jour), on doit habituellement travailler en milieu stérile. Ainsi, comme le grand chef dans sa cuisine de haute technologie, on utilise quotidiennement des lave-vaisselle industriels ainsi que des autoclaves (pour stériliser et décontaminer la vaisselle de laboratoire).

Curieusement, je me suis récemment arrêté aux détails de ces outils très communs qui sont à notre disposition dans le sous-sol du pavillon où je travaille. On utilise ça à tous les jours et ça nous passe sous les yeux... Sans la curiosité et l'observation, je n'aurais jamais découvert ce petit coin du Québec à Yale :

Beautiful port, Qwébec mes amis ! Non mais, ça fait quand même un petit velours, vous trouvez pas ?! L’une des universités les plus réputées de la planète qui utilise des outils qui furent conçus et fabriqués à moins de 10 kilomètres d’où j’ai grandi.

Bon, peut-être pas à vous, mais à moi ça m'a fait un petit velours ! Et ça m'a surtout rappelé qu'un jour, les Québécois devront arrêter de se faire accroire qu’ils sont nés pour un petit pain...

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